Je caressai la surface de l'eau de mes orteils, la faisant tressaillir. Je promenais mon regard alentour et contemplai les milles et une ondes que j'avais provoqué dans l'eau de la piscine.
Le rire tonitruant et aigu de ma mère me parvint et je lançai un bref coup d'½il vers la salle à manger où les convives s'esclaffaient derrières les vitres. Le gazon paraissait gris, l'eau noire. Je reportai mon attention sur celle-ci tandis que des pas feutrés sur le gazon se faisaient entendre. Je ne me retournai pas et sa main vint se poser sur mon dos, me faisant frissonner.
Il s'accroupit, prenant soin de ne pas mouiller ses chaussures.
- Tu viens ? on rentre. Il fait froid ici.
- Vas-y, je te rejoindrai, éludai-je.
Sur ce, il soupira, m'embrassa sur la joue et tourna les talons Le rire de ma mère raisonna derechef, elle n'en ratait pas une. Comment mon dieu pouvait-elle passer la soirée à sourire non-stop de ce sourire de starlette devant ces greluches aux fringues griffées qu'on avait tout bonnement envie d'étriper. Distraite, je laissai tomber mon pied dans l'eau et elle éclaboussa mes vêtements. Pas un coup de tête j'eus soudain envie de me baigner et sautai sans réfléchir dans le bassin. L'eau se faufila tout de suite dans mes entrailles, mes oreilles, mes narines, mes chaussures. Je restai un moment sous l'eau comme pour noyer tout ce que j'avais pu garder comme souvenir de ce diner.
Emergeant enfin de la surface de l'eau, tête renversée en arrière, je respirai un bon coup, laissant une bouffée d'air nocturne froid me nettoyer les poumons. Je me débarrassai d'un geste de rapide de mon chemisier bleu et de mon short puis de mes chaussures, les laissant couler au fond du bassin, et plongeai tête la première dans l'eau, elle était claire et propre, et bien qu'elle troubla ma vue, je pus voir mes chaussures rencontrer une à une le fond carrelé de la piscine. Je battis silencieusement des pieds et joignis mes mains devant moi. Reproduisant plusieurs fois le même geste jusqu'à ce que ma tête heurte un objet métallique et froid, produisant un bruit mat mais bien audible. J'ouvris brusquement les yeux et m'aperçus que j'avais heurté l'échelle en fer.
N'arrivant plus à respirer, je reculai et remontai pour aspirer de nouveau une bonne goulée d'air. Un rire voluptueux me parvint, brisant le silence de plomb qui régnait et, sursautant, je me retournai. Il était toujours là, couché sur le gazon, les coudes appuyés sur le sol. Devinant qu'il était là depuis belle lurette, et qu'il avait donc par la même occasion assisté à toute la scène, je m'empourprai, sentant le sang brûler mon cou, mes joues, mes tempes...
Heureusement, dans l'obscurité il y avait peu de chances pour qu'il le remarque.
Peut-être surpris par mon immobilité, son rire s'interrompit, ses yeux bleus essayèrent de décrypter mon expression et un beau sourire amusé fondit ses lèvres fines. Je le lui rendis à peine et il se leva habilement, venant à ma rencontre.
A suivre